Une femme est à sa fenêtre.
Fait anodin de la journée.
Les passants ne la remarquent même pas.
Elle est là,
Elle ne fait rien,
Rien que d'être à sa fenêtre.
Triste vie.
Les gens vont et viennent,
Errent parfois
Au détour du hasard.
Rencontres furtives et fortuites des regards.
Et elle,
Elle ne fait que de les regarder.
On ne voit que sa tête
Qui dépasse de ses bacs à fleurs.
Du matin au soir
Assise sur sa chaise
Elle regarde la vie extérieure.
Des paroles incongrues,
Le vrombissement des moteurs
Quelques rires aussi
Parfois d'étranges onomatopées
Lui parviennent à ses oreilles.
J'imagine très bien
Le ronflement de son chat,
Le bourdonnement d'une radio solitaire,
Et le souffle de sa lente respiration.
Elle reste assise sur sa chaise
Le châle de toujours sur ses épaules.
Son grand lit à deux places
Eternellement et désespérément
Occupé que par elle-même.
Une photo sur un buffet campagnard
Un mari disparu à la guerre
Et elle,
Enfin,
Brisée par le chagrin,
Attendant derrière ses carreaux
Le retour de son mari.
A cet âge,
La raison vacille le plus souvent.
Un matin,
Je ne l'ai plus vue derrière sa fenêtre,
Et je présume,
Qu'elle est morte dans la nuit.
Les croque-morts sont venus le matin.
Il devait être très tôt,
Peut-être six heures,
Personne ne l'a plus jamais revue.
Excepté certains fidèles des cimetières
Qui passent de tombe en tombe
En s'exclamant parfois
Sur les dates et les photos.
Mais il fait froid,
Il faut que je rentre.
De tous ces jours passés
A rester assis sur ce banc
En face de cette fenêtre.
Je n'avais même pas pu
Savoir son nom.
Triste vie.